Déclaration

DÉCLARATION[1]

Répondant au communiqué du R.P Bouchacourt, le monastère de la Sante Croix déclare qu’il a appelé son Exc. Mgr. Richard Williamson à venir au Brésil parce qu’il le considère comme un digne défenseur de la foi catholique, capable de confirmer dans la foi non seulement les moines de Santa Cruz, mais également les communautés religieuses et les fidèles qui voient avec grande appréhension la néfaste politique des accords pratiques avec Rome avant que Rome ne se convertisse de ses erreurs libérales et modernistes.

Pourquoi les capucins, les dominicains et même lesbénédictins de Bellaigue eurent-ils leurs candidats éloignés ou menacés d’éloignement de la réception des ordres, sinon à cause de leur opposition à la politique des accords ? Et cela quand Rome ne voulait même plus les accords.

C’est manquer à la vérité quede taire les vraies raisons de ce que nous vivons actuellement. Pourquoi a-ton demandé à Mgr. Williamson de cesser ses « Commentaires Eleison » sinon à cause de la doctrine exposée dans ceux-ci? Pourquoi Mgr. Tissier de Mallerais a été obligé d’interrompre ses prédications aux USA sinon parce qu’il était contre la politique des accords ? Pourquoil’abbé Koller a été menacé de punition sinon parce qu’il prêchait contre cette même politique ? Pourquoi les abbés Cardozo, Chazal, Pfeiffer et d’autres ont été punis ou expulséssinon à cause de leur opposition à cette même politique ?

Attention, avait avertiMgr. de Galarreta il y a quelques mois en arrière[2]:

« Pour le bien de la Fraternité… et de la Tradition, il est nécessaire de fermer bien vite la « boîte de Pandore »[3], afin d’éviter le discrédit et la démolition de l’autorité, des contestations, des discordes et des divisions, peut-être sans retour. »

Et Mgr. de Galarreta se demandait quelles conditions allaient être exigées pour une proposition totalement acceptable, c’est à dire, pour une victoire que ne peut être qui doctrinale, car dans ce combat tout repose sur la foi. Et lui-même répondait se référant aux textes de Mgr. Lefebvre cités dans son exposition :

Citons un de ces textes :

«Nous n’avons pas la même façon de concevoir la réconciliation. Le cardinal Ratzinger la voit dans le sens de nous réduire, de nous ramener à Vatican II. Nous, nous la voyons comme un retour de Rome à la Tradition. On ne s’entend pas. C’est un dialogue de sourds. Je ne peux pas beaucoup parler d’avenir, car le mien est derrière moi. Mais si je vis encore en peu et en supposant que d’ici à un certain temps Rome fasse un appel, qu’on veuille nous revoir, reprendre les conversations, à ce moment-là c’est moi qui poserais les conditions. Je n’accepterai plus d’être dans la situation où nous nous sommes trouvés lors des colloques.C’est fini.

Je poserais la question au plan doctrinal : « Est-ce que vous êtes d’accord avec les grandes encycliques de tous les papes qui vous ont précédés. Est-ce que vous êtes d’accord avec Quanta Cura de Pie IX, Immortale Dei, Libertas de Léon XIII, Pascendi de St. Pie X, Quas Primas de Pie XI, Humani Generis de Pie XII ? Est-ce que vous êtes en pleine communion avec ces papes et avec leurs affirmations ? Est-ce que vous acceptez encore le serment antimoderniste ? Est’ce que vous êtes pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ?

Si vous «n’acceptez pas la doctrine de vos prédécesseurs, il est inutile de parler. Tant que vous n’aurez pas accepté de réformer le Concile en considérant la doctrine de ces papes qui vous ont précédés, il n’y a pas de dialogue possible. C’est inutile.»

Conclusion : La « boîte de Pandore » n’a pas été fermée, puisque la ligne tracée parMgr. Lefebvre  n’a pas été suivie.

Mais il est probable que le R. P. Bouchacourt dise, au contraire, qu’au chapitre général tout a été mis au point, tout est en ordre. Malheureusement cela n’est pas vrai. Le chapitre général a maintenu l’objectif des accords sur une base différente de celleexposée plus haut par Mgr. Marcel Lefebvre. Lisez les Commentaires Eleison de Mgr.Williamson[4] au sujet des six conditions et vous verrez comme les résolutions du chapitre général sont insuffisantes et différentes de celles posées par Mgr. Lefebvre.

D’autres diront: en quoi cela vous regarde? Je répond que cela est bien de mon ressort parce que la foi est un bien commun de l’Eglise et j’appartiens à l’Eglise, et, en plus, je suis responsabledes moines de Santa Cruz et des fidèles qui nous manifestent leur confiance.

Mais on dira également : l’obéissance transfert les responsabilités aux supérieurs, et, en obéissant, personne ne se trompe. Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples. C’est ainsi que la majeure partie des évêques acceptèrent le Concile Vatican II.

Mais d’autres diront encore: vous contribuez à diviser la Tradition. Je répondrai que l’union doit se faire autour de la vérité, c’est à dire de la foi catholique, et les paroles et attitudes de Mgr. Fellay ne sont plus, c’est regrettable, celles d’un disciple de Mgr. Lefebvre qui, lui, a défendu la vérité sans concession. Pourquoi Mgr. Williamson etMgr. Tissier de Mallerais sont mis en sourdine ? Lisez la lettre des trois évêques à Mgr. Fellay et à ses assistants et vous découvrirez la raison du combat de la Tradition et la raison de notre attitude[5].

Corção disait et répétait sans cesse qu’une fausse notion de la charité et d’union faisait de très grands dégâts dans la résistance catholique. Quand on dissocie la charité de la vérité, la charité cesse d’être charité. Beaucoup, même parmi ses propres amis, l’accusaient de manquer à la charité, à cause de ses articles. Mais l’élémentaire et première charité consiste à dire la vérité. C’est Corção qui avait raison, comme les faits l’ont démontrés. La même accusation a été faite contre Mgr. Lefebvre.[6]

Quant à l’union, Corção disait avec humour que l’expérience lui avait enseigné que, contrairement au dicton populaire « l’union fait la force », il avait vu souvent l’union faire la faiblesse. Et pourquoi ? Parce que l’union en dehors de la vérité, une union faite de concession, une union qui sacrifie la foi est une faiblesse qui « rend faibles  les fortes gens» pour me servir de l’expression d’un grand poète portugais. Et n’est-ce pascela qui se passa au Concile Vatican II ? Pour un soi-disant bien, c’est à dire, pour l’union avec Paul VI, beaucoup d’évêques finirent par accepter des documents inacceptables. A cette occasion, l’union n’a pas fait la force, mais bien son contraire.

Or, aujourd’hui dans la Tradition, on veut que nous nous unissions à tout prix avec ceux qui croient que les erreurs du Concile ne sont pas si graves que ça, que 95% du Concile est acceptable, que la Liberté Religieuse de Dignitatis Humanae est très, très limitée, qu’on ne doit pas faire des erreurs du Concile des super-hérésies. Mais cela n’est pas vrai. Le Concile a été le plus grand désastre de l’histoire de l’Eglise depuis sa fondation, comme le dit Mgr. Lefebvre dans son livre « Ils l’ontdécouronné ». Si c’est pour construire sur ces bases, je préfère m’abstenir et travailler à la restauration intégrale de la foi catholique comme nous l’a toujours conseillé et exhorté Mgr. Marcel Lefebvre, espérant que la Fraternité se ressaisisse de nouveau et reprenne les rênes de la vraie foi, comme j’espère qu’elle le fera, car elle en a les moyens, puisqu’elle est dotée d’excellents évêques et d’excellents prêtres.

Quant à l’accusation qui dit que je trompe les fidèles, donnant la fausse impression que j’ai invité Mgr. Williamson avec l’aval de Mgr. Fellay, je puis affirmer que je n’ai pas caché, depuis déjà longtemps, notre opposition à la politique de Mgr. Fellay. S’il est vrai que le peuple brésilien est un peu naïf, je crois qu’il n’est pas aussi naïf que le pense monsieur l’abbé Bouchacourt, bien au contraire[7]. Qui ne sait pas que Mgr. Williamson est mal vu à Menzingen? Cependant, ici il est bien vu, car l’obéissance n’est une vertu que si elle est soumise à la foi, à l’espérance et à la charité. Faire de l’obéissance une arme pour paralyser la Tradition c’est répéter le coup de maître de Satan, comme l’a dit Mgr. Lefebvre, qui a mis toute l’Eglise dans la désobéissance à sa propre Tradition, par obéissance. Nous refusons catégoriquement de faire cela.

Qu’on disent tout ce qu’on veut, il y a un problème et ce problème est de foi et il est grave, comme l’a écrit Arsenius. Quant à nous, notre décision est déjà prise: appuyer ceux que défendent la foi comme l’ont fait Mgr. Lefebvre, Mgr. Antônio de Castro Mayer, Saint-Pie X et toute la Tradition de l’Eglise. Si nous devons souffrir à cause de cela, nous souffrirons, car Notre Seigneur nous a averti : «Qui veut vivre pieusement dans le Christ-Jésus, souffrira persécution.» (2Tm 3,12)

Quant à la Fraternité, nous la considérons comme l’œuvre providentielle, fondée par un évêque qui a pratiqué au plus haut degré l’héroïsme des vertus qui sont celles pour lesquelles Dieu a créé les dons de sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu. Nous considérons Mgr. Lefebvre une lumière qui a brillé au milieu des ténèbres du monde moderne et la Fraternité est son œuvre et son héritière, mais à la condition qu’elle reste fidèle à la grâce reçue. Nous prions pour elle et si nous nous opposons à la politique de Mgr. Fellay, ce n’est pas du tout par un sentiment hostile et gratuit contre la Fraternité, mais par amour pour celle-ci et pour Mgr. Fellay, de même que nous aimons la Sainte Eglise et par amour pour elle nous combattons le libéralisme et le modernisme de ses ennemis qui se sont installés dans son sein. Que le Bon Dieu bénisse et sauve la Fraternité Saint Pie X à laquelle je dois tout ce que j’ai reçu de meilleur, aussi bien dans le domaine de la foi que du sacerdoce que j’ai reçu des mains de son Exc. Mgr.Marcel Lefebvre.

Fr. Thomas d’Aquin

8 septembre de 2012

Nativité de Notre Dame.

[1] Traduction établie par nos soins, enrichie de quelques notes et de quelques retouches

[2]Réflexions autour de la proposition romaine

[3]Dans la mythologie grecque Pandore désignait la première femme, qui, par curiosité, ouvrit la boîte que Zeus lui envoya et qui contenait tous les maux qui en sortirent à l’exception de l’espérance qui resta au fond de celle-ci.

[4]Commentaires Eleison nº 268 – Les six Conditions

[5]On y peut lire: «À la suite de Mgr. Lefebvre le propre de la Fraternité est, plus que dénoncer les erreurs pas leur nom, de s’opposer efficacement et publiquement aux autorités romaines qui les diffusent. Comment pourrait-on concilier un accord avec cette résistance publique aux autorités, dont le Pape? » (Lettre du 10 mai 2012 au Conseil Général de la Fraternité St. Pie X)

[6] Qui poursuivit son combat sachant qu’il est préférable qu’il y ait des scandales que de taire la vérité, puisque le scandale plus grand serait celui de tolérer l’erreur, comme l’affirme S. Grégoire le Grand.

[7] Outre cela, quand on fait quelque chose d’honnête, il n’y a pas besoin de donner trop d’explications. Or la venue de Mgr. Williamson me semble honnête et justifiée dans le contexte actuel, même si plusieurs pensent autrement.

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